En tant que Député de la première circonscription du Val-de-Marne, j’ai été invité à la réunion du Collectif « Champigny, Terre de réussite » qui s’est tenue vendredi 9 février en soirée.

J’ai pris la décision, la veille, au contact de l’un des organisateurs de cette réunion, de ne pas m’y rendre.

Afin de clarifier les motifs de cette absence, je les précise par écrit.

Sitôt après avoir reçu l’invitation, j’avais pourtant décidé de l’honorer. Elle a immédiatement été enregistrée sur mon agenda. J’ai trouvé excellente l’initiative de la création de ce collectif. Sensible au battage médiatique assez immodéré et univoque qui avait été donné de l’épouvantable soirée de la Saint-Sylvestre, je jugeais extrêmement positif que des campinois se rassemblent et s’engagent pour témoigner de la fierté de leur ville, de leur territoire.

Au passage, je tiens à préciser que, suite aux événements du 31 décembre, j’ai pris l’initiative d’un rendez-vous avec le Commissaire de Police du Commissariat concerné. Il m’a reçu près de deux heures dans son bureau, avec le Commandant présent le soir même sur les lieux de l’odieux tabassage des deux fonctionnaires de police.

Ce rendez-vous a pour moi été très instructif et utile. J’ai pu vérifier que cette soirée sordide n’était pas représentative d’une violence urbaine latente, chronique, explosive. Le Commissaire de Police m’a fait part d’enjeux d’une autre nature, et le Commandant m’a expliqué dans le détail ce qui s’était passé ce soir-là. L’insupportable violence qui s’est abattue sur les deux fonctionnaires a été la résultante d’un ensemble de causes, dont la principale était l’organisation déplorable, irrégulière et incontrôlée d’une soirée festive qui n’aurait même pas du avoir lieu à cet endroit.

Je souhaitais témoigner, en venant à la soirée du Collectif, de ce que j’avais appris à ce rendez-vous dans le Commissariat de Police : d’une politique de la ville, en aménagements et implantations de lieux de vie associative, ayant eu des effets positifs, conjugués à une action remarquable de la police au contact des habitants et sur le terrain.

Je souhaitais également témoigner de mon expérience professionnelle, qui m’a appris combien des parcours a priori déconsidérés, d’apprentissage et de formation professionnelle, d’engagements associatifs, de métiers souffrant de préjugés infondés peuvent offrir des épanouissements insoupçonnables, révéler des personnalités fortes et rayonnantes.

Je souhaitais, en tant que Député, insister sur le rôle que j’entends jouer, dans ma circonscription, pour lutter contre les idées reçues et changer le regard souvent porté sur des quartiers, des parcours, des lieux de vie stupidement stigmatisés.

Mais j’ai découvert, en prenant connaissance du déroulé de la soirée, que je ne pouvais pas rendre ce témoignage comme le prévoit le protocole républicain. J’ai découvert que j’étais, certes, autorisé à prendre la parole – c’est bien le moins – mais pas en tant que député. L’accès à la tribune m’était interdit, alors même qu’allaient s’y succéder, en ouverture puis en clôture de la soirée, deux personnalités politiques représentant la commune et le Département, mais n’intervenant prétendument que comme « campinois. »

Je le regrette.

L’organisateur avec lequel je me suis entretenu, qui m’a fait part d’une décision collégiale consistant à ne pas m’autoriser une intervention en tribune, a insisté sur le fait que le Collectif ne souhaitait pas « faire de politique. »

Je lui ai fait observer que, quand bien même il eût été sincère dans cette protestation de neutralité, il « faisait » malgré lui « de la politique. » On peut toujours déclarer qu’un Président de Conseil départemental n’intervient pas en tant que tel : lorsqu’il intervient à la tribune pour clore un rassemblement citoyen, personne n’oublie quel est son mandat, qu’il ne peut pas laisser sur sa chaise comme on y accroche une veste.

Le protocole exigeait pourtant qu’après une telle prise de parole, il revenait au député présent de parler en dernier. Je ne suis pas procédurier, mais je ne suis pas naïf.

J’ai donc choisi de ne pas venir. Je le regrette, parce que je serais intervenu dans un esprit de sincérité et pas de polémique.

Compte tenu de l’interprétation qui, sait-on jamais, pourrait être colportée de mon absence, j’ai jugé important d’en exposer les raisons moi-même.

Indirectement, par écrit et à distance, je souhaite malgré tout féliciter et encourager les campinois qui se mobilisent pour témoigner de leur fierté, de leur dignité, de leur foi en l’avenir de leur territoire. Je souhaite que cette réunion du Collectif donne envie de s’engager à celles et ceux qui y étaient présents ou qui en entendront parler. Qu’ils soient assurés de mon soutien de principe à cet engagement, quel qu’il soit.

 

Crédit photo : Par Chabe01 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=58521929