Grands électeurs et petits électeurs …

Le résultat des sénatoriales permet à la presse de s’en donner à cœur joie : La République en Marche n’est pas au rendez-vous ! Rendez-vous compte : depuis trois mois, cette nouvelle formation politique tient toutes ses promesses, elle avance tambour battant malgré le nombre de « néo » qu’elle a conduits jusque dans l’hémicycle, elle n’accuse aucun retard, et on est contraint à spéculer sur la question de savoir qui, qui, qui lui tiendra tête comme premier opposant.

 

Et elle trébuche sur un scrutin ! ça, c’est de la nouvelle… ça nous fait quelques titres un peu sensationnels comme on les aime.

 

Pourtant, ce résultat n’a rien d’étonnant, pour peu que l’on prenne un peu de recul et que l’on observe les choses dans la durée – ce qui, faut-il croire, ne se vend pas très bien, quand on est journaliste.

 

Car, en définitive, en quoi consistent les sénatoriales ? En une campagne de réseau, pour ne pas dire de cooptation, et en un scrutin d’appartenances, pour ne pas dire de boutiquiers. Les « grands » électeurs, c’est-à-dire les élus élisant, sont tous plus ou moins « encartés » ou, à tout le moins, « apparentés. » Ils « appartiennent » : à un parti politique, une formation ou un courant, nécessairement déjà établi et institué.

 

Bref : lors des sénatoriales, on se compte. Ce qui est beaucoup plus incertain voire hasardeux lors des scrutins universels, comme on l’a vu lors des deux dernières échéances.

 

Et que conclure, donc, du résultat de dimanche 24 septembre 2017 ? Peut-être tout simplement que, en matière de renouvellement politique, les « grands » vont nettement moins vite que les « petits. » La grande nouvelle de l’année électorale 2017 restera, historiquement, celle d’un renouvellement à ce point voulu par les électeurs – les « petits » – qu’il a abouti à rendre possible l’impossible : l’accès au pouvoir d’une formation inconnue jusque-là, essentiellement composée de personnalités inconnues jusque-là.

 

Et que constate-t-on, dès qu’il s’agit de vérifier si cette formidable volonté est bien représentée chez les « grands » électeurs ? On constate que les représentants sont un peu lents à incarner les représentés lorsque ces derniers manifestent une brusque volonté de changement. Les formations peuvent être malmenées par les législatives : elles se soignent par les sénatoriales.

 

Et, au fond, cela n’a rien de très étonnant. On pourrait appeler ce phénomène « l’inertie de l’investiture. » Une sorte d’immobilisme par fidélité.

 

En ces temps de mutation, avec une volonté de transformation à l’œuvre, les « petits » électeurs courent devant, les « grands » derrière. Mais après tout, du moment qu’ils suivent…