Alerte sur la banquise, de John Kotter.

 

Un petit livre qui se lit en une demi-heure, une parabole écrite par des spécialistes de la conduite du changement, un conte très amusant et… très instructif.

 

C’est l’histoire d’une colonie de pingouins dont l’un d’entre eux découvre, au tout début du récit, que l’iceberg où ils ont toujours vécu se fissure parce qu’il est en train de fondre. Alors ce pingouin, pénétré de l’enjeu, se met en tête de convaincre les dirigeants de la colonie d’un projet titanesque : le déménagement de la colonie vers un autre iceberg. Quelque chose qui n’a jamais été fait, a priori impensable.

 

Et il se heurte à toutes les formes de la résistance au changement…

 

Tout d’abord, le déni. L’iceberg n’est pas du tout en train de fondre, on n’a aucune preuve, ça ne sert à rien d’affoler tout le monde.

 

Puis, une fois que la nécessité du changement est avérée, de nombreuses digressions viennent différer ou altérer les décisions à prendre. Notre pingouin chef de projet affronte des parents pingouins se plaignant des cauchemars qui se mettent à hanter les nuits de leur progéniture, l’influence désastreuse d’un dirigeant pingouin qui conteste tous ses choix… jusqu’à la confrontation avec le visage le plus redoutable de la résistance au changement : celui qui ne discute plus de son opportunité – « d’accord, l’iceberg est en train de fondre, on est en danger » et qui déplace la controverse sur le terrain de la faisabilité – « on n’arrivera jamais à déménager tout le monde et si on essaye, on va tous mourir. »

 

Cette petite histoire édifiante permet de jeter un regard un peu distancié sur l’actualité : elle révèle de nombreux visages de la résistance au changement.

 

Florilège :

 

« Le problème n’est pas là. »

Variantes : « On se trompe de diagnostic » ; « C’est plus compliqué que ça. »

Stratégie : on fait émerger un autre enjeu et on détourne l’attention du problème à résoudre en compliquant l’analyse ; puis on découpe le projet de changement en rondelles et on focalise sur des sous-parties qui font perdre la vue d’ensemble.

 

« La méthode n’est pas la bonne. »

Variantes : « On ne s’y prend pas comme il faut » ; « Le timing n’est pas le bon. »

Stratégie : on déporte la controverse depuis l’opportunité du changement vers la façon dont il est conduit : on dénonce le défaut de concertation, on invoque un problème de calendrier…

 

« Ça va être pire. »

Variantes : « ça va soulever un autre problème » ; « ça va aggraver la situation. »

Stratégie : on affole un groupe d’acteurs en leur faisant miroiter une catastrophe, puis on mobilise des franges d’opposants sur un principe d’obstruction globale.

 

« On a déjà essayé. »

Variantes : « ça ne sert à rien » ; « ça ne marchera pas. »

Stratégie : on fait croire qu’on a déjà réfléchi au problème et qu’on connaît mieux la situation que les promoteurs du changement.

 

« On n’y arrivera jamais. »

Variantes : « c’est infaisable » ; « c’est une usine à gaz. »

Stratégie : on ne discute plus de l’opportunité du changement mais de sa faisabilité.

 

Réforme de la SNCF, réforme des institutions… il suffit de s’y rapporter pour reconnaître les visages de la résistance au changement. Le problème, ce n’est pas le statut des cheminots ; l’ouverture à la concurrence va ruiner le service public ; on prépare le terrain à la privatisation ; c’est un passage en force ; le fonctionnement de la démocratie n’a rien à voir avec le nombre de parlementaires ; le redécoupage des circonscriptions ne pourra pas donner satisfaction ; la proportionnelle va faire émerger des députés hors-sol ; on a déjà réduit le nombre de parlementaires dans l’histoire et ça n’a rien changé ; la qualité de fonctionnement de la démocratie n’a rien à voir avec la longueur des débats dans l’hémicycle…

 

Pour ne pas s’y perdre, il faut prendre de la hauteur et remettre les choses en perspective.

 

La principale force de la candidature d’Emmanuel Macron à la présidence de la République et de notre action aujourd’hui, c’est la cohérence de son programme que nous appliquons.

 

Nous avons réformé le Code du travail pour renforcer le dialogue social dans les entreprises : un statut qui verrouille les carrières et contraint les mobilités n’est pas cohérent avec cette réforme ; nous avons réformé la fiscalité et réduit les déficits notamment pour nous rapprocher de nos partenaires et rétablir leur confiance : l’ouverture à la concurrence a fait ses preuves en Allemagne et c’est un respect des engagements de la France ; nous prévoyons une procédure législative plus efficace pour dégager du temps des parlementaires au contrôle et à l’évaluation des politiques publiques…

 

Nous agissons pour donner plus de liberté et cela s’accompagne de plus de responsabilités. Nous agissons pour mieux protéger et cela s’accompagne de simplification et d’harmonisation.

 

Pour la première fois depuis des décennies, chacun peut reprendre le programme du candidat élu et vérifier par lui-même qu’il est tout simplement appliqué. Plus que de cocher les cases des actions réalisées et engagées, cela permet de reprendre conscience de la cohérence d’ensemble. Cet effort de pédagogie doit être relayé : il ne sera jamais de trop.